{"id":101,"date":"2022-03-01T01:25:00","date_gmt":"2022-03-01T00:25:00","guid":{"rendered":"https:\/\/quentin-lewis.com\/?p=101"},"modified":"2024-04-07T23:29:10","modified_gmt":"2024-04-07T21:29:10","slug":"blake-et-mortimer-et-le-mystere-de-la-grande-suppression","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/quentin-lewis.com\/index.php\/2022\/03\/01\/blake-et-mortimer-et-le-mystere-de-la-grande-suppression\/","title":{"rendered":"Blake et Mortimer et Le Myst\u00e8re de la Grande Suppression"},"content":{"rendered":"\n<p>Le 26 septembre dernier sonnait les 75 ans des aventures de Blake et Mortimer. Pour l\u2019occasion, le Mus\u00e9e de la Bande-Dessin\u00e9e de Bruxelles proposait une exposition en l\u2019honneur des h\u00e9ros les plus&nbsp;<em>british<\/em>&nbsp;de la bande-dessin\u00e9e franco-belge. L\u2019\u00e9diteur Dargaud, quant \u00e0 lui, publiait \u00e0 la fois un album in\u00e9dit sc\u00e9naris\u00e9 par Jean Van Hamme (qui fait son grand retour sur la s\u00e9rie, plus de dix ans apr\u00e8s sa derni\u00e8re contribution) et une sublime r\u00e9\u00e9dition limit\u00e9e des versions originales du&nbsp;<em>Secret de l\u2019Espadon<\/em>&nbsp;telles qu\u2019elles paraissaient pour la premi\u00e8re fois dans les pages du&nbsp;<em>Journal de Tintin<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais \u00e0 l\u2019instar du professeur Mortimer dans\u00a0<em>Le Pi\u00e8ge Diabolique<\/em>, remontons un peu le temps pour revenir quelques ann\u00e9es avant la naissance de l\u2019\u0153uvre d\u2019Edgar Pierre Jacobs. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de l\u2019Atlantique, la science-fiction conna\u00eet une mutation. Ce genre sp\u00e9culatif longtemps qualifi\u00e9 de merveilleux-scientifique du temps d\u2019H.G. Welles ou de Jules Verne (deux influences majeures de Jacobs) commen\u00e7ait \u00e0 se transformer en scientifiction<sup data-fn=\"e910c4f4-9d45-4598-8098-d0a52331c062\" class=\"fn\"><a href=\"#e910c4f4-9d45-4598-8098-d0a52331c062\" id=\"e910c4f4-9d45-4598-8098-d0a52331c062-link\">1<\/a><\/sup>\u00a0dans les pages des\u00a0<em>pulp fictions<\/em>. Ces revues populaires am\u00e9ricaines qui \u00e9taient c\u00e9l\u00e8bres jusqu\u2019alors pour leurs romans noirs relatant les aventures de d\u00e9tectives hard-boiled<sup data-fn=\"6685c835-0827-4022-ae6c-2bb99b2fcd28\" class=\"fn\"><a href=\"#6685c835-0827-4022-ae6c-2bb99b2fcd28\" id=\"6685c835-0827-4022-ae6c-2bb99b2fcd28-link\">2<\/a><\/sup>, de gangsters impitoyables et de femmes fatales tout aussi meurtri\u00e8res, ont commenc\u00e9 \u00e0 se tourner vers des explorateurs de l\u2019espace. Les bas-fonds de New York ou Los Angeles ont laiss\u00e9 peu \u00e0 peu place aux crat\u00e8res de Mars ou aux colonies extra-terrestres de V\u00e9nus. L\u2019\u00e2ge d\u2019or des revues de science-fiction \u00e9tait n\u00e9, permettant \u00e0 des auteurs aussi embl\u00e9matiques qu\u2019Isaac Asimov ou Robert A. Heinlein d\u2019y faire leurs premi\u00e8res armes.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"919\" height=\"478\" src=\"https:\/\/quentin-lewis.com\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/Capture-decran-2024-02-22-a-22.29.08.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-138\" style=\"width:691px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/quentin-lewis.com\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/Capture-decran-2024-02-22-a-22.29.08.png 919w, https:\/\/quentin-lewis.com\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/Capture-decran-2024-02-22-a-22.29.08-300x156.png 300w, https:\/\/quentin-lewis.com\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/Capture-decran-2024-02-22-a-22.29.08-768x399.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 919px) 100vw, 919px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><sub>Les belges ont eu l\u2019intelligence de traduire le titre par &#8220;<em>Gordon L&#8217;intr\u00e9pide<\/em>&#8221; contrairement aux fran\u00e7ais qui subissaient les aventures de &#8220;<em>Guy L&#8217;\u00c9clair<\/em>&#8221; &#8211;<\/sub> <sub><em>Le Baryton du 9e Art<\/em> \u00a9<\/sub> <sub>Studio Jacobs, 1990 <\/sub><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Qui a peur de l\u2019Oncle Sam&nbsp;?<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Retour en Europe, o\u00f9 le jeune Edgard (encore orthographi\u00e9 avec un D \u00e0 ce moment-l\u00e0) est engag\u00e9 par le magazine belge&nbsp;<em>Bravo&nbsp;!<\/em>&nbsp;pour coloriser les planches en noir et blanc des aventures de Flash Gordon, h\u00e9ros de bande-dessin\u00e9e de science-fiction extr\u00eamement populaire aux \u00c9tats-Unis. Bien que son travail consistait initialement \u00e0 coloriser les pages du&nbsp;<em>comic strip<\/em><sup data-fn=\"03aa05e9-ed50-408c-8e4a-06a4dce1a658\" class=\"fn\"><a href=\"#03aa05e9-ed50-408c-8e4a-06a4dce1a658\" id=\"03aa05e9-ed50-408c-8e4a-06a4dce1a658-link\">3<\/a><\/sup>&nbsp;(et d\u2019en profiter pour rhabiller les h\u00e9ro\u00efnes jug\u00e9es, au passage, trop d\u00e9nud\u00e9es pour les standards puritains de la bande-dessin\u00e9e franco-belge de l\u2019\u00e9poque), Jacobs s\u2019est vite retrouv\u00e9 \u00e0 devoir imiter le style du dessinateur original, Alex Raymond. D\u2019abord en raison d\u2019un probl\u00e8me d\u2019importation de planches, puis pour conclure pr\u00e9cipitamment la s\u00e9rie lorsque la censure Nazie d\u00e9cide d\u2019interdire la publication d\u2019\u0153uvres am\u00e9ricaines. Le journal lui demandera ensuite d\u2019\u00e9crire sa propre \u0153uvre de&nbsp;<em>space opera<\/em><sup data-fn=\"ba0bff62-7e64-463f-9080-2f150c65e519\" class=\"fn\"><a href=\"#ba0bff62-7e64-463f-9080-2f150c65e519\" id=\"ba0bff62-7e64-463f-9080-2f150c65e519-link\">4<\/a><\/sup>&nbsp;:&nbsp;<em>Le Rayon U<\/em>. Cette premi\u00e8re bande-dessin\u00e9e de Jacobs posera les jalons de sa future s\u00e9rie phare&nbsp;: r\u00e9citatifs charg\u00e9s, dialogues verbeux, une sensibilit\u00e9 SF rappelant \u00e9norm\u00e9ment les revues de&nbsp;<em>pulp<\/em>\u2026 On y trouvera m\u00eame les prototypes de Blake, Mortimer et Olrik en les personnes de lord Calder, du professeur Marduk et du capitaine Dagon. Seule diff\u00e9rence notable&nbsp;: la pr\u00e9sence de protagonistes f\u00e9minins, qui seront ensuite absentes des publications du&nbsp;<em>Journal de Tintin<\/em>&nbsp;pour des raisons de censure. Ce serait cependant se m\u00e9prendre que d\u2019imaginer la science-fiction se faire une place dans la litt\u00e9rature francophone aussi ais\u00e9ment<sup data-fn=\"1f4af342-34b5-4a99-a5a4-7888c06107eb\" class=\"fn\"><a href=\"#1f4af342-34b5-4a99-a5a4-7888c06107eb\" id=\"1f4af342-34b5-4a99-a5a4-7888c06107eb-link\">5<\/a><\/sup>&nbsp;qu\u2019aux \u00c9tats-Unis.<\/p>\n\n\n\n<p>La fin de la seconde guerre mondiale ent\u00e9rina une bonne fois pour toute le sentiment antiam\u00e9ricaniste qui ne cessait de cro\u00eetre dans le pays avant m\u00eame l\u2019\u00e9poque de Gustave Le Rouge<sup data-fn=\"17ae8cfe-6461-475c-8c0b-b6b9315400f0\" class=\"fn\"><a href=\"#17ae8cfe-6461-475c-8c0b-b6b9315400f0\" id=\"17ae8cfe-6461-475c-8c0b-b6b9315400f0-link\">6<\/a><\/sup>. En effet, la sup\u00e9riorit\u00e9 \u00e9conomique des US au lendemain de la lib\u00e9ration fait craindre aux intellectuels de tout poil une invasion culturelle de la part de ces fichus yankees. Terriblement meurtrie par ce conflit, la France dut en grande partie sa reconstruction au Plan Marshall. Le peuple, qui n\u2019avait toujours pas dig\u00e9r\u00e9 d\u2019avoir d\u00fb rembourser la somme pr\u00eat\u00e9e par Woodrow Wilson lors de la Grande Guerre, voit ce nouvel endettement d\u2019un mauvais \u0153il. Ce sentiment est si fort qu\u2019il s\u2019insinuera dans le c\u0153ur des Fran\u00e7ais pour les d\u00e9cennies qui suivent, au point de donner lieu \u00e0 un antiam\u00e9ricanisme primaire et parfois m\u00e9sinform\u00e9. Ce qui explique, par exemple, qu\u2019une partie de la population s\u2019opposait encore r\u00e9cemment \u00e0 la c\u00e9l\u00e9bration d\u2019Halloween, prenant \u00e0 tort<sup data-fn=\"6495abbc-d1f3-4bab-b10e-ebad522fcee1\" class=\"fn\"><a href=\"#6495abbc-d1f3-4bab-b10e-ebad522fcee1\" id=\"6495abbc-d1f3-4bab-b10e-ebad522fcee1-link\">7<\/a><\/sup>&nbsp;cette c\u00e9l\u00e9bration pour une f\u00eate commerciale \u00ab&nbsp;\u00e0 l\u2019am\u00e9ricaine&nbsp;\u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"655\" height=\"419\" src=\"https:\/\/quentin-lewis.com\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/Capture-decran-2024-02-22-a-22.34.05.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-142\" srcset=\"https:\/\/quentin-lewis.com\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/Capture-decran-2024-02-22-a-22.34.05.png 655w, https:\/\/quentin-lewis.com\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/Capture-decran-2024-02-22-a-22.34.05-300x192.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 655px) 100vw, 655px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><sub>Recherches de Jacobs pour <em>Le Rayon U &#8211; Jacobs 329 Dessins<\/em><\/sub> <sub>\u00a9<em> <\/em>Dargaud, 2014<\/sub><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Bien avant cela, c\u2019est un autre pan de notre culture qui fut rejet\u00e9e sous couvert d\u2019antiam\u00e9ricanisme. Ainsi, lorsque les ann\u00e9es 50 virent l\u2019\u00e9mergence de la science-fiction dans la culture populaire, l\u2019intelligentsia fran\u00e7aise se mit \u00e0 redouter la pollution du pays de Moli\u00e8re par ces satan\u00e9s amerloques. Cette litt\u00e9rature \u00e9tait per\u00e7ue comme la derni\u00e8re preuve d\u2019une invasion culturelle venue tout droit d\u2019Outre-manche, au m\u00eame titre que les&nbsp;<em>blue-jeans<\/em>&nbsp;et le&nbsp;<em>Coca-Cola<\/em>. Mais alors, les aventures de Blake et Mortimer seraient-elles le fruit de ce terrible empoisonnement&nbsp;intellectuel elles aussi ? Apr\u00e8s tout, les premi\u00e8res pages du<em>&nbsp;Secret de l\u2019Espadon<\/em>&nbsp;ne nous font-elles pas l\u2019effet d\u2019une uchronie cauchemardesque digne de Philip K. Dick&nbsp;? Le lecteur y assiste \u00e0 la destruction de Paris, Bombay, Londres et Rome sous les torpilles de l\u2019arm\u00e9e a\u00e9rienne de l\u2019empereur Basam-Damdu. La r\u00e9interpr\u00e9tation flamboyante de l\u2019Atlantide de Jacobs n\u2019annoncerait-elle pas le regain d\u2019int\u00e9r\u00eat pour le&nbsp;<em>space opera<\/em>&nbsp;observ\u00e9 \u00e0 la fin des ann\u00e9es 70&nbsp;? Et puis, il y a aussi ces machines imaginaires que l\u2019auteur d\u00e9cide de d\u00e9peindre avec une grande rigueur scientifique&nbsp;: l\u2019Espadon, le T\u00e9l\u00e9c\u00e9phaloscope, le Chronoscaphe ou encore les robots du professeur Sat\u014d.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela signifierait-il donc que la dimension ind\u00e9niablement&nbsp;<em>pulp<\/em>&nbsp;de l\u2019\u0153uvre de Jacobs serait p\u00e9trie de cette&nbsp;<em>pop culture<\/em>&nbsp;am\u00e9ricaine&nbsp;? Ou serait-elle, au contraire, le fruit d\u2019une science-fiction bien europ\u00e9enne&nbsp;? Il faut se souvenir que l\u2019auteur belge liste<sup data-fn=\"3e6aa18f-2f72-4785-add0-257b817d69f9\" class=\"fn\"><a href=\"#3e6aa18f-2f72-4785-add0-257b817d69f9\" id=\"3e6aa18f-2f72-4785-add0-257b817d69f9-link\">8<\/a><\/sup>&nbsp;\u00c9mile Erckmann, Alexandre Chatrian, Prosper M\u00e9rim\u00e9e ou encore Jules Verne parmi ceux qui ont eu le plus influenc\u00e9 son \u0153uvre. Si l\u2019on sort des auteurs francophones, il a \u00e9galement cit\u00e9 le travail de Kipling, Stevenson, Hoffman et surtout d\u2019H.G. Wells, dont il illustrera&nbsp;<em>La Guerre des Mondes<\/em>. Tous ces auteurs ont deux choses en commun&nbsp;: premi\u00e8rement, leur influence sur trois des genres de pr\u00e9dilections de la litt\u00e9rature&nbsp;<em>pulp<\/em>&nbsp;: la science-fiction, la&nbsp;<em>fantasy<\/em>&nbsp;et l\u2019horreur. Deuxi\u00e8mement, ils ne viennent pas du pays d\u2019oncle Sam. Plus grave encore, une bonne partie d\u2019entre eux sont m\u00eame fran\u00e7ais&nbsp;! By Jove, mais cela voudrait-il dire que la critique archa\u00efque de l\u2019\u00e9poque se serait fourvoy\u00e9e&nbsp;? Et si, contre toute attente, le corpus fran\u00e7ais avait finalement offert un terreau suffisamment fertile pour faire germer une litt\u00e9rature populaire de genre bien \u00e0 nous&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"483\" height=\"329\" src=\"https:\/\/quentin-lewis.com\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/Capture-decran-2024-02-22-a-22.41.46.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-146\" srcset=\"https:\/\/quentin-lewis.com\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/Capture-decran-2024-02-22-a-22.41.46.png 483w, https:\/\/quentin-lewis.com\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/Capture-decran-2024-02-22-a-22.41.46-300x204.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 483px) 100vw, 483px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><sub>Illustration des tripodes de <em>La Guerre des Mondes<\/em> par Jacobs &#8211;<\/sub> <sub><em>Le Baryton du 9e Art<\/em> \u00a9<\/sub> <sub>Studio Jacobs, 1990.<\/sub><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Une tradition&nbsp;<em>pulp<\/em>&nbsp;francophone&nbsp;<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Si l\u2019on ajoute \u00e0 cette liste d\u00e9j\u00e0 bien fournie des auteurs tels que le franco-belge J.-H. Rosny, consid\u00e9r\u00e9 par beaucoup comme l\u2019un des p\u00e8res fondateurs de la SF, nous pourrions alors nous \u00e9tonner que nous n\u2019ayons pas eu notre \u00e2ge d\u2019or de la science-fiction \u00e0 nous. Plus encore, que le genre soit aussi peu repr\u00e9sent\u00e9 en France avant la seconde partie des ann\u00e9es 70. Nous pourrions voir deux autres raisons \u00e0 cela. La premi\u00e8re serait une pr\u00e9tention de la part des critiques litt\u00e9raires. On pr\u00e9f\u00e9rait les belles lettres des fictions domestiques qui, en raison de leurs \u00e9lans naturalistes, permettent de d\u00e9crire des situations ancr\u00e9es dans la r\u00e9alit\u00e9, de d\u00e9peindre des r\u00e9cits s\u00e9rieux qui m\u00e9ritent que l\u2019on s\u2019attarde sur eux. Ces \u0153uvres sont \u00e0 opposer bien \u00e9videmment \u00e0 la fiction sp\u00e9culative, \u00e0 la litt\u00e9rature populaire et romanesque qui perd son temps \u00e0 s\u2019\u00e9garer dans les m\u00e9andres de l\u2019imaginaire. On balayait ainsi d\u2019un revers de main toutes la SF, la\u00a0<em>fantasy<\/em>\u00a0et l\u2019horreur. Plus cette forme de litt\u00e9rature faisait l\u2019injure de s\u2019adresser au plus grand nombre, plus elle s\u2019attirait les foudres de la critique. Et si, pire encore, elle faisait l\u2019affront de venir des \u00c9tats-Unis, c\u2019est la col\u00e8re c\u00e9leste de papy Zeus lui-m\u00eame qui venait s\u2019abattre sur elle.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"794\" height=\"407\" src=\"https:\/\/quentin-lewis.com\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/Capture-decran-2024-02-22-a-22.57.45-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-150\" srcset=\"https:\/\/quentin-lewis.com\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/Capture-decran-2024-02-22-a-22.57.45-1.jpg 794w, https:\/\/quentin-lewis.com\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/Capture-decran-2024-02-22-a-22.57.45-1-300x154.jpg 300w, https:\/\/quentin-lewis.com\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/Capture-decran-2024-02-22-a-22.57.45-1-768x394.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 794px) 100vw, 794px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><sub>Croquis des deux h\u00e9ros embl\u00e9matiques d&#8217;E. P. Jacobs<em> &#8211; Jacobs 329 Dessins<\/em><\/sub> <sub>\u00a9<em> <\/em>Dargaud, 2014<\/sub><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Une seconde explication de la disparition de tout un pan de notre culture serait l\u2019inefficacit\u00e9 du monde francophone \u00e0 s\u2019adapter au grand public. Ce probl\u00e8me ne s\u2019arr\u00eate h\u00e9las pas simplement \u00e0 la science-fiction, mais \u00e0 toute la culture\u00a0<em>pulp<\/em>\u00a0en g\u00e9n\u00e9ral. Les \u00c9tats-Unis ont su tr\u00e8s t\u00f4t faire \u00e9voluer cette culture aupr\u00e8s d\u2019un nouveau lectorat<sup data-fn=\"f7f8354e-903c-407f-ad00-46b8075912db\" class=\"fn\"><a href=\"#f7f8354e-903c-407f-ad00-46b8075912db\" id=\"f7f8354e-903c-407f-ad00-46b8075912db-link\">9<\/a><\/sup>\u00a0mais surtout d\u2019un public plus large. Tr\u00e8s t\u00f4t, les grands studios am\u00e9ricains s\u2019emparent de ces \u0153uvres pour les adapter \u00e0 l\u2019\u00e9cran. Et ce ne serait pas faire preuve de cynisme que d\u2019attribuer la place importante dont jouit encore aujourd\u2019hui Philip K. Dick dans l&#8217;imaginaire populaire aux innombrables adaptations cin\u00e9matographiques de son \u0153uvre. De m\u00eame, ce n\u2019est pas un hasard si l\u2019arriv\u00e9e r\u00e9cente de Frank Herbert en t\u00eate de gondole des librairies fran\u00e7aises co\u00efncide avec le succ\u00e8s de\u00a0<em>Dune<\/em>\u00a0dans les salles obscures. C\u2019est pourquoi nous ne pouvons que regretter l\u2019incapacit\u00e9 qu\u2019a eu, \u00e0 quelques rares exceptions, la culture populaire fran\u00e7aise de s\u2019emparer de notre imaginaire\u00a0<em>pulp<\/em>\u00a0\u00e0 nous. Si bien qu\u2019il faille se tourner vers les \u00c9tats-Unis pour voir\u00a0<em>Le Fant\u00f4me de l\u2019Op\u00e9ra<\/em>\u00a0\u00e0 l\u2019\u00e9cran pour la premi\u00e8re fois. De m\u00eame,\u00a0<em>La Plan\u00e8te des Singes<\/em>\u00a0de Pierre Boule est devenu une franchise estampill\u00e9e 100% US et le r\u00e9alisateur Taika Waititi embarquera bient\u00f4t\u00a0<em>L\u2019Incal<\/em>\u00a0de Jodorowsky et M\u0153bius \u00e0 Hollywood. \u00c0 titre de comparaison, Blake et Mortimer auront quant \u00e0 eux droit \u00e0 d\u2019innombrables tentatives d\u2019adaptations&#8230; Qui ne verront jamais le jour.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette \u00ab grande suppression \u00bb litt\u00e9raire n\u2019aurait n\u00e9anmoins pas \u00e9t\u00e9 aussi efficace sans son arme la plus redoutable : la censure. Edgar P. Jacobs en fut lui-m\u00eame la cible, lorsque la loi de 1949 sur les publications destin\u00e9es \u00e0 la jeunesse entra en vigueur. Si&nbsp;<em>La Marque Jaune<\/em>&nbsp;avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 fustig\u00e9e pour son influence issue du cin\u00e9ma expressionniste allemand, c\u2019est bien&nbsp;<em>Le Pi\u00e8ge Diabolique<\/em>&nbsp;qui sera le plus violemment attaqu\u00e9. L\u2019auteur avait imagin\u00e9 cet album comme un r\u00e9cit philosophique qui pointerait du doigt les dangers de la nostalgie pour un pass\u00e9 id\u00e9alis\u00e9 et le risque de fantasmer un avenir utopique. Bien que la SF post-apocalyptique \u00e9tait encens\u00e9e par la critique outre-Atlantique depuis plusieurs d\u00e9cennies avec les \u0153uvres de Jack Vance ou E.E. Smith, la commission de censure fran\u00e7ais ne verra pas les choses du m\u00eame \u0153il.&nbsp;<em>Le Pi\u00e8ge Diabolique<\/em>&nbsp;fut ainsi interdit de publication en France \u00ab&nbsp;en raison des nombreuses violences qu&#8217;il comporte et de la hideur des images illustrant ce r\u00e9cit d&#8217;anticipation&nbsp;\u00bb.<sup data-fn=\"6bf43b15-b096-4775-b7d3-586c75d5317c\" class=\"fn\"><a href=\"#6bf43b15-b096-4775-b7d3-586c75d5317c\" id=\"6bf43b15-b096-4775-b7d3-586c75d5317c-link\">10<\/a><\/sup><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"647\" height=\"278\" src=\"https:\/\/quentin-lewis.com\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/Capture-decran-2024-02-22-a-23.12.27.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-157\" srcset=\"https:\/\/quentin-lewis.com\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/Capture-decran-2024-02-22-a-23.12.27.png 647w, https:\/\/quentin-lewis.com\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/Capture-decran-2024-02-22-a-23.12.27-300x129.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 647px) 100vw, 647px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><sub>Nos deux comp\u00e8res dans l&#8217;une de leurs aventures les plus c\u00e9l\u00e8bres<em> &#8211; La Marque Jaune<\/em><\/sub> <sub>\u00a9<em> <\/em>Lombard, 1956<\/sub><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>D\u00e9prim\u00e9 par ces attaques, Jacobs d\u00e9cida de changer totalement son album suivant,&nbsp;<em>L\u2019Affaire du Collier<\/em>. Cette histoire qui devait initialement faire cohabiter des spectres et un orchestre terrifiant qui aurait repris la fameuse&nbsp;<em>Danse Macabre<\/em>&nbsp;de St Sa\u00ebns fut transform\u00e9e en simple histoire polici\u00e8re, d\u00e9pourvue de tout \u00e9l\u00e9ment surnaturel ou scientifique. Il faudra dix ans \u00e0 l\u2019auteur pour reprendre sa plume. Consid\u00e9r\u00e9s par certains comme son chant du cygne, le premier tome des&nbsp;<em>Trois Formules du Professeur Sat\u014d<\/em>&nbsp;fut publier dans les pages du Journal de Tintin de 1971 \u00e0 1972.&nbsp; Lorsqu\u2019il fut interrog\u00e9 en 1981 au sujet d\u2019une \u00e9ventuelle suite, c\u2019est avec une certaine amertume qu\u2019Edgar P. Jacobs r\u00e9pondit \u00ab&nbsp;Est-ce qu&#8217;\u00e0 partir d&#8217;un certain \u00e2ge, chacun n&#8217;aspire-t-il pas au repos et \u00e0 la paix ?&nbsp;\u00bb<sup data-fn=\"fdca4b14-f4fd-461d-ae1f-85730f229569\" class=\"fn\"><a href=\"#fdca4b14-f4fd-461d-ae1f-85730f229569\" id=\"fdca4b14-f4fd-461d-ae1f-85730f229569-link\">11<\/a><\/sup>. Il s\u2019\u00e9merveillera, dans la m\u00eame interview, au sujet de&nbsp;<em>Star Wars<\/em>&nbsp;avant de conclure \u00ab Vous comprenez, moi, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de cela, je fais de la science-fiction de papa \u00bb. Il d\u00e9c\u00e9dera six ans plus tard, sans jamais publier la suite de l\u2019ultime aventure de Blake et Mortimer.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faudra attendre 18 ans pour que le dessinateur belge Bob de Moor ne reprenne le flambeau, compl\u00e9tant le r\u00e9cit inachev\u00e9 de Jacobs en se basant sur les scripts et crayonn\u00e9s laiss\u00e9s par l\u2019auteur. La machine \u00e9tait relanc\u00e9e. Avec plus de 30 num\u00e9ros \u00e0 son actif<sup data-fn=\"f04704e1-e829-4f34-b443-94102f6a0c23\" class=\"fn\"><a href=\"#f04704e1-e829-4f34-b443-94102f6a0c23\" id=\"f04704e1-e829-4f34-b443-94102f6a0c23-link\">12<\/a><\/sup>&nbsp;et un succ\u00e8s retentissant \u00e0 chaque sortie fran\u00e7aise,&nbsp;<em>Les Aventures de Blake et Mortimer<\/em>&nbsp;auront \u00e9t\u00e9 depuis 75 ans le solide v\u00e9hicule de tout un pan occult\u00e9 de la culture francophone. Heureusement, tout n\u2019est pas noir dans le paysage culturel fran\u00e7ais. Les&nbsp;<em>aficionados<\/em>&nbsp;de SF fran\u00e7aise ont pu observer une v\u00e9ritable r\u00e9volution du genre -\u00e9galement par le prisme du 9<sup>\u00e8me<\/sup>&nbsp;art- avec l\u2019arriv\u00e9e de&nbsp;<em>M\u00e9tal Hurlant<\/em>&nbsp;et des&nbsp;<em>Humano\u00efdes Associ\u00e9s<\/em>&nbsp;dans les ann\u00e9es 70. Petit \u00e0 petit, la science-fiction sera de moins en moins consid\u00e9r\u00e9e comme un genre de niche pour une petite poign\u00e9e de&nbsp;<em>geeks<\/em>&nbsp;(avant la lettre) et de mordus d\u2019imaginaire sp\u00e9culatif. Le grand public et la critique litt\u00e9raire fran\u00e7aise se sont enfin empar\u00e9s de la SF. Si bien que chaque nouveau livre d\u2019Alain Damasio ou de Bernard Werber caracole instantan\u00e9ment au sommet des ventes en librairie. Mais nul autre auteur du genre n\u2019aura su faire traverser les \u00e2ges \u00e0 son \u0153uvre avec autant de brio que Jacobs. Presque 35 ans apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s de son auteur,&nbsp;<em>Les Aventures de Blake et Mortimer<\/em>&nbsp;continuent \u00e0 v\u00e9hiculer au grand public l\u2019amour d\u2019une certaine tradition SF -aux sensibilit\u00e9s ind\u00e9niablement&nbsp;<em>pulp<\/em>&#8211; p\u00e9trie d\u2019influences francophones.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide\"\/>\n\n\n<ol class=\"wp-block-footnotes\"><li id=\"e910c4f4-9d45-4598-8098-d0a52331c062\">Le terme de science-fiction a souvent \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9 (\u00e0 tort) \u00e0 l\u2019\u00e9diteur de\u00a0<em>pulp<\/em>\u00a0am\u00e9ricain Hugo Gernsback. En r\u00e9alit\u00e9, ce terme existe depuis la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du 19<sup>\u00e8me<\/sup>\u00a0si\u00e8cle et a \u00e9t\u00e9 seulement popularis\u00e9 par l\u2019\u00e9diteur. Il lui pr\u00e9f\u00e9rait initialement le terme de \u00ab\u00a0scientifiction\u00a0\u00bb qui refl\u00e9tait selon lui l\u2019esprit de ces r\u00e9cits de \u00ab\u00a0romance entrem\u00eal\u00e9s de faits scientifiques et de visions proph\u00e9tiques\u00a0\u00bb. Inventeur de g\u00e9nie selon certains, \u00e9diteur pingre pour d\u2019autres, Gernsback est consid\u00e9r\u00e9 par beaucoup comme l\u2019un des p\u00e8res de la science-fiction, si bien qu\u2019il donnera son nom aux Hugo Awards, le plus grand prix litt\u00e9raire de SF am\u00e9ricain. <a href=\"#e910c4f4-9d45-4598-8098-d0a52331c062-link\" aria-label=\"Jump to footnote reference 1\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/li><li id=\"6685c835-0827-4022-ae6c-2bb99b2fcd28\">On d\u00e9signe par\u00a0<em>hard-boiled<\/em>\u00a0le genre litt\u00e9raire am\u00e9ricain qui a influenc\u00e9 les films noirs des 1940s. Traduisible litt\u00e9ralement par \u00ab\u00a0dur-\u00e0-cuire\u00a0\u00bb, cet adjectif fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la personnalit\u00e9 des d\u00e9tectives cyniques qui \u00e9voluent dans un monde corrompu. Ces anti-h\u00e9ros doivent eux-m\u00eames faire preuve d\u2019une grande violence pour survivre \u00e0 cet environnement. Pour paraphraser l\u2019\u00e9diteur de\u00a0<em>S\u00e9rie Noire<\/em>, Marcel Duhamel, ces protagonistes sont tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9s de Sherlock Holmes, et plus proches (dans leurs m\u00e9thodes) des criminels qu\u2019ils attrapent. Parmi les d\u00e9tectives\u00a0<em>hard-boiled<\/em>\u00a0les plus embl\u00e9matiques, nous pouvons citer Philip Marlowe ou Sam Spade, tous deux immortalis\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9cran par Humphrey Bogart. \u00a0 <a href=\"#6685c835-0827-4022-ae6c-2bb99b2fcd28-link\" aria-label=\"Jump to footnote reference 2\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/li><li id=\"03aa05e9-ed50-408c-8e4a-06a4dce1a658\">Format d\u2019histoire tr\u00e8s courte -souvent quelques cases ou une seule planche- qui \u00e9tait majoritairement publi\u00e9e dans des journaux (<em>Snoopy et les Peanuts<\/em>,\u00a0<em>Calvin et Hobbes<\/em>,\u00a0<em>Garfield<\/em>). Le magazine\u00a0<em>Bravo\u00a0!<\/em>\u00a0publiait de nombreux strips am\u00e9ricains tels que\u00a0<em>Pim Pam Poum<\/em>. <a href=\"#03aa05e9-ed50-408c-8e4a-06a4dce1a658-link\" aria-label=\"Jump to footnote reference 3\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/li><li id=\"ba0bff62-7e64-463f-9080-2f150c65e519\">Sous-genre de la science-fiction dont les h\u00e9ros vivent des aventures de proportions \u00e9piques. On pourrait comparer ces r\u00e9cits \u00e0 ceux des h\u00e9ros mythiques ou de\u00a0<em>fantasy<\/em>\u00a0\u00e0 la diff\u00e9rence qu\u2019ils sont recouverts d\u2019un vernis scientifique ou futuriste. \u00c0 titre d\u2019exemple, la saga\u00a0<em>Star Wars<\/em>\u00a0est consid\u00e9r\u00e9e comme du\u00a0<em>space opera<\/em>. <a href=\"#ba0bff62-7e64-463f-9080-2f150c65e519-link\" aria-label=\"Jump to footnote reference 4\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/li><li id=\"1f4af342-34b5-4a99-a5a4-7888c06107eb\">Il faut relativiser ici l\u2019emploi du mot \u00ab\u00a0aisance\u00a0\u00bb. Ce que le grand critique John Clute qualifie de\u00a0<em>fantastica<\/em>\u00a0(terme dans lequel il regroupe la SF et la\u00a0<em>fantasy<\/em>) a eu grand mal \u00e0 \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme de la vraie litt\u00e9rature aux \u00c9tats-Unis \u00e9galement. C\u2019est seulement en comparant cette reconnaissance \u00e0 celle observ\u00e9e en France que l\u2019on remarque qu\u2019elle s\u2019est faite bien plus facilement et surtout rapidement en Am\u00e9rique. Il faut aussi mettre en exergue le succ\u00e8s populaire du\u00a0<em>fantastica<\/em>\u00a0aux US qui \u00e9tait loin d\u2019\u00eatre \u00e9gal\u00e9 en France \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque.\u00a0 <a href=\"#1f4af342-34b5-4a99-a5a4-7888c06107eb-link\" aria-label=\"Jump to footnote reference 5\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/li><li id=\"17ae8cfe-6461-475c-8c0b-b6b9315400f0\">Gustave Le Rouge \u00e9tait l\u2019un des grands auteurs de merveilleux scientifique fran\u00e7ais. Son roman-feuilleton La\u00a0<em>Conspiration des Milliardaires<\/em>\u00a0(publi\u00e9 \u00e0 la toute fin du XIX<sup>\u00e8me<\/sup>) offre une critique si acerbe des \u00c9tats-Unis qu\u2019elle rel\u00e8ve ouvertement de l\u2019antiam\u00e9ricanisme. <a href=\"#17ae8cfe-6461-475c-8c0b-b6b9315400f0-link\" aria-label=\"Jump to footnote reference 6\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/li><li id=\"6495abbc-d1f3-4bab-b10e-ebad522fcee1\">Contrairement \u00e0 une croyance populaire tenace, Halloween est une f\u00eate aux racines profond\u00e9ment Europ\u00e9ennes. De tradition celtique, la premi\u00e8re version de cette f\u00eate pa\u00efenne sera globalement effac\u00e9e de la conscience collective fran\u00e7aise lorsque le christianisme la remplacera par la Toussaint au VIII<sup>\u00e8me<\/sup>\u00a0si\u00e8cle. On peut toutefois noter certaines variations persistantes dans le folklore fran\u00e7ais telles que\u00a0<em>Kala goa\u00f1v<\/em>\u00a0en Bretagne ou encore la\u00a0<em>Rommelbootzen naart<\/em>\u00a0en Moselle. <a href=\"#6495abbc-d1f3-4bab-b10e-ebad522fcee1-link\" aria-label=\"Jump to footnote reference 7\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/li><li id=\"3e6aa18f-2f72-4785-add0-257b817d69f9\"><em>Edgar P. Jacobs : Le Baryton du 9e Art<\/em>, Jean-Marc Guillard et Edgar P. Jacobs, Studio Jacobs, 1990. <a href=\"#3e6aa18f-2f72-4785-add0-257b817d69f9-link\" aria-label=\"Jump to footnote reference 8\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/li><li id=\"f7f8354e-903c-407f-ad00-46b8075912db\">L\u2019\u00e2ge d\u2019or des revues\u00a0<em>pulp<\/em>\u00a0am\u00e9ricaines laissa sa place aux comics de super-h\u00e9ros. Les \u00e9diteurs ont vite appris \u00e0 se r\u00e9inventer en fonction de ce changement. C\u2019est ainsi que les d\u00e9tectives masqu\u00e9s The Shadow ou The Spider furent peu \u00e0 peu remplac\u00e9s par des h\u00e9ros comme Batman, et que l\u2019une des innombrables copies de Buck Rogers fit une entr\u00e9e fracassante dans le monde du\u00a0<em>comic strip<\/em>\u00a0sous le nom de Flash Gordon. <a href=\"#f7f8354e-903c-407f-ad00-46b8075912db-link\" aria-label=\"Jump to footnote reference 9\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/li><li id=\"6bf43b15-b096-4775-b7d3-586c75d5317c\"><em>Un op\u00e9ra de papier : les m\u00e9moires de Blake et Mortimer<\/em>, Edgar P. Jacobs, Gallimard, 1981. <a href=\"#6bf43b15-b096-4775-b7d3-586c75d5317c-link\" aria-label=\"Jump to footnote reference 10\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/li><li id=\"fdca4b14-f4fd-461d-ae1f-85730f229569\"><em>Edgar P. Jacobs, Blake ou Mortimer ?<\/em>, Francis Gillery, Artline Films &#8211; France 5, 2005. <a href=\"#fdca4b14-f4fd-461d-ae1f-85730f229569-link\" aria-label=\"Jump to footnote reference 11\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/li><li id=\"f04704e1-e829-4f34-b443-94102f6a0c23\">\u00c0 la publication de cet article, 28 num\u00e9ros de la s\u00e9rie principale et trois hors-s\u00e9ries ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s. Deux albums suppl\u00e9mentaires et une suite au\u00a0<em>Rayon U<\/em>\u00a0ont d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 annonc\u00e9s. <a href=\"#f04704e1-e829-4f34-b443-94102f6a0c23-link\" aria-label=\"Jump to footnote reference 12\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/li><\/ol>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Au cours de leurs 28 albums, le capitaine Francis Blake et le professeur Philip Mortimer ont affront\u00e9 les plus dangereux criminels, d\u00e9jou\u00e9 les plus terribles machinations. Mais il est un mal bien pire dont ne parle aucun de leurs albums : la grande suppression. Retour sur un ph\u00e9nom\u00e8ne culturel typiquement fran\u00e7ais.<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":105,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-gradient":""}},"footnotes":"[{\"content\":\"Le terme de science-fiction a souvent \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9 (\u00e0 tort) \u00e0 l\u2019\u00e9diteur de\u00a0<em>pulp<\/em>\u00a0am\u00e9ricain Hugo Gernsback. En r\u00e9alit\u00e9, ce terme existe depuis la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du 19<sup>\u00e8me<\/sup>\u00a0si\u00e8cle et a \u00e9t\u00e9 seulement popularis\u00e9 par l\u2019\u00e9diteur. Il lui pr\u00e9f\u00e9rait initialement le terme de \u00ab\u00a0scientifiction\u00a0\u00bb qui refl\u00e9tait selon lui l\u2019esprit de ces r\u00e9cits de \u00ab\u00a0romance entrem\u00eal\u00e9s de faits scientifiques et de visions proph\u00e9tiques\u00a0\u00bb. Inventeur de g\u00e9nie selon certains, \u00e9diteur pingre pour d\u2019autres, Gernsback est consid\u00e9r\u00e9 par beaucoup comme l\u2019un des p\u00e8res de la science-fiction, si bien qu\u2019il donnera son nom aux Hugo Awards, le plus grand prix litt\u00e9raire de SF am\u00e9ricain.\",\"id\":\"e910c4f4-9d45-4598-8098-d0a52331c062\"},{\"content\":\"On d\u00e9signe par\u00a0<em>hard-boiled<\/em>\u00a0le genre litt\u00e9raire am\u00e9ricain qui a influenc\u00e9 les films noirs des 1940s. Traduisible litt\u00e9ralement par \u00ab\u00a0dur-\u00e0-cuire\u00a0\u00bb, cet adjectif fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la personnalit\u00e9 des d\u00e9tectives cyniques qui \u00e9voluent dans un monde corrompu. Ces anti-h\u00e9ros doivent eux-m\u00eames faire preuve d\u2019une grande violence pour survivre \u00e0 cet environnement. Pour paraphraser l\u2019\u00e9diteur de\u00a0<em>S\u00e9rie Noire<\/em>, Marcel Duhamel, ces protagonistes sont tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9s de Sherlock Holmes, et plus proches (dans leurs m\u00e9thodes) des criminels qu\u2019ils attrapent. Parmi les d\u00e9tectives\u00a0<em>hard-boiled<\/em>\u00a0les plus embl\u00e9matiques, nous pouvons citer Philip Marlowe ou Sam Spade, tous deux immortalis\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9cran par Humphrey Bogart. \u00a0\",\"id\":\"6685c835-0827-4022-ae6c-2bb99b2fcd28\"},{\"content\":\"Format d\u2019histoire tr\u00e8s courte -souvent quelques cases ou une seule planche- qui \u00e9tait majoritairement publi\u00e9e dans des journaux (<em>Snoopy et les Peanuts<\/em>,\u00a0<em>Calvin et Hobbes<\/em>,\u00a0<em>Garfield<\/em>). Le magazine\u00a0<em>Bravo\u00a0!<\/em>\u00a0publiait de nombreux strips am\u00e9ricains tels que\u00a0<em>Pim Pam Poum<\/em>.\",\"id\":\"03aa05e9-ed50-408c-8e4a-06a4dce1a658\"},{\"content\":\"Sous-genre de la science-fiction dont les h\u00e9ros vivent des aventures de proportions \u00e9piques. On pourrait comparer ces r\u00e9cits \u00e0 ceux des h\u00e9ros mythiques ou de\u00a0<em>fantasy<\/em>\u00a0\u00e0 la diff\u00e9rence qu\u2019ils sont recouverts d\u2019un vernis scientifique ou futuriste. \u00c0 titre d\u2019exemple, la saga\u00a0<em>Star Wars<\/em>\u00a0est consid\u00e9r\u00e9e comme du\u00a0<em>space opera<\/em>.\",\"id\":\"ba0bff62-7e64-463f-9080-2f150c65e519\"},{\"content\":\"Il faut relativiser ici l\u2019emploi du mot \u00ab\u00a0aisance\u00a0\u00bb. Ce que le grand critique John Clute qualifie de\u00a0<em>fantastica<\/em>\u00a0(terme dans lequel il regroupe la SF et la\u00a0<em>fantasy<\/em>) a eu grand mal \u00e0 \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme de la vraie litt\u00e9rature aux \u00c9tats-Unis \u00e9galement. C\u2019est seulement en comparant cette reconnaissance \u00e0 celle observ\u00e9e en France que l\u2019on remarque qu\u2019elle s\u2019est faite bien plus facilement et surtout rapidement en Am\u00e9rique. Il faut aussi mettre en exergue le succ\u00e8s populaire du\u00a0<em>fantastica<\/em>\u00a0aux US qui \u00e9tait loin d\u2019\u00eatre \u00e9gal\u00e9 en France \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque.\u00a0\",\"id\":\"1f4af342-34b5-4a99-a5a4-7888c06107eb\"},{\"content\":\"Gustave Le Rouge \u00e9tait l\u2019un des grands auteurs de merveilleux scientifique fran\u00e7ais. Son roman-feuilleton La\u00a0<em>Conspiration des Milliardaires<\/em>\u00a0(publi\u00e9 \u00e0 la toute fin du XIX<sup>\u00e8me<\/sup>) offre une critique si acerbe des \u00c9tats-Unis qu\u2019elle rel\u00e8ve ouvertement de l\u2019antiam\u00e9ricanisme.\",\"id\":\"17ae8cfe-6461-475c-8c0b-b6b9315400f0\"},{\"content\":\"Contrairement \u00e0 une croyance populaire tenace, Halloween est une f\u00eate aux racines profond\u00e9ment Europ\u00e9ennes. De tradition celtique, la premi\u00e8re version de cette f\u00eate pa\u00efenne sera globalement effac\u00e9e de la conscience collective fran\u00e7aise lorsque le christianisme la remplacera par la Toussaint au VIII<sup>\u00e8me<\/sup>\u00a0si\u00e8cle. On peut toutefois noter certaines variations persistantes dans le folklore fran\u00e7ais telles que\u00a0<em>Kala goa\u00f1v<\/em>\u00a0en Bretagne ou encore la\u00a0<em>Rommelbootzen naart<\/em>\u00a0en Moselle.\",\"id\":\"6495abbc-d1f3-4bab-b10e-ebad522fcee1\"},{\"content\":\"<em>Edgar P. Jacobs : Le Baryton du 9e Art<\/em>, Jean-Marc Guillard et Edgar P. Jacobs, Studio Jacobs, 1990.\",\"id\":\"3e6aa18f-2f72-4785-add0-257b817d69f9\"},{\"content\":\"L\u2019\u00e2ge d\u2019or des revues\u00a0<em>pulp<\/em>\u00a0am\u00e9ricaines laissa sa place aux comics de super-h\u00e9ros. Les \u00e9diteurs ont vite appris \u00e0 se r\u00e9inventer en fonction de ce changement. C\u2019est ainsi que les d\u00e9tectives masqu\u00e9s The Shadow ou The Spider furent peu \u00e0 peu remplac\u00e9s par des h\u00e9ros comme Batman, et que l\u2019une des innombrables copies de Buck Rogers fit une entr\u00e9e fracassante dans le monde du\u00a0<em>comic strip<\/em>\u00a0sous le nom de Flash Gordon.\",\"id\":\"f7f8354e-903c-407f-ad00-46b8075912db\"},{\"content\":\"<em>Un op\u00e9ra de papier : les m\u00e9moires de Blake et Mortimer<\/em>, Edgar P. Jacobs, Gallimard, 1981.\",\"id\":\"6bf43b15-b096-4775-b7d3-586c75d5317c\"},{\"content\":\"<em>Edgar P. Jacobs, Blake ou Mortimer ?<\/em>, Francis Gillery, Artline Films - France 5, 2005.\",\"id\":\"fdca4b14-f4fd-461d-ae1f-85730f229569\"},{\"content\":\"\u00c0 la publication de cet article, 28 num\u00e9ros de la s\u00e9rie principale et trois hors-s\u00e9ries ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s. 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