{"id":106,"date":"2021-12-23T01:42:00","date_gmt":"2021-12-23T00:42:00","guid":{"rendered":"https:\/\/quentin-lewis.com\/?p=106"},"modified":"2024-02-24T19:09:27","modified_gmt":"2024-02-24T18:09:27","slug":"emiko-chan-in-paris","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/quentin-lewis.com\/index.php\/2021\/12\/23\/emiko-chan-in-paris\/","title":{"rendered":"Emiko-Chan in Paris"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"679\" src=\"http:\/\/quentin-lewis.com\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/Capture-decran-2024-02-12-a-01.40.04-1024x679.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-107\" style=\"width:802px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/quentin-lewis.com\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/Capture-decran-2024-02-12-a-01.40.04-1024x679.jpg 1024w, https:\/\/quentin-lewis.com\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/Capture-decran-2024-02-12-a-01.40.04-300x199.jpg 300w, https:\/\/quentin-lewis.com\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/Capture-decran-2024-02-12-a-01.40.04-768x509.jpg 768w, https:\/\/quentin-lewis.com\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/Capture-decran-2024-02-12-a-01.40.04.jpg 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Par Stephen Leonardi<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Cette jeune japonaise est n\u00e9e \u00e0 Tokyo \u00e0 la fin des ann\u00e9es 90. Du haut de l\u2019immeuble o\u00f9 vivait son p\u00e8re, elle observait la valse ferroviaire des trains de Shibuya d\u2019un \u0153il \u00e9merveill\u00e9. En grandissant, ce d\u00e9sir de voyage ne cessa de cro\u00eetre. \u00c2g\u00e9e d\u00e9sormais d\u2019une vingtaine d\u2019ann\u00e9es, elle n\u2019a conserv\u00e9 que tr\u00e8s peu de souvenirs de sa petite enfance. Elle se rem\u00e9more pourtant avec pr\u00e9cision les innombrables restaurants de son quartier, m\u00e9tamorphos\u00e9s, \u00e0 l\u2019occasion de la sortie japonaise du\u00a0<em>Fabuleux Destin d\u2019Am\u00e9lie Poulain<\/em>, en caf\u00e9s parisiens. Elle \u00e9tait bien \u00e9videmment trop jeune pour accompagner ses deux grandes s\u0153urs dans les salles obscures cette ann\u00e9e-l\u00e0. Qu\u2019\u00e0 cela ne tienne, elle pourrait vous citer chaque d\u00e9tail du jour o\u00f9 elle put enfin le voir \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision pour la premi\u00e8re fois. Et ce fut loin d\u2019\u00eatre son dernier visionnage, car ce film l\u2019aura accompagn\u00e9 jusqu\u2019aux affres de l\u2019adolescence. Pendant deux heures, elle quittait l\u2019anonymat froid de son quartier pour s\u2019envelopper dans la chaleur po\u00e9tique de la Ville Lumi\u00e8re, o\u00f9 tout le monde semblait se conna\u00eetre. Puis vinrent le tour d\u2019<em>Anastasia<\/em>, de\u00a0<em>Moulin Rouge<\/em>, de\u00a0<em>Minuit \u00e0 Paris<\/em>\u00a0et de la Nouvelle Vague. Les soir\u00e9es solitaires de la jeune lyc\u00e9enne \u00e9taient soudainement piment\u00e9es par la gr\u00e2ce d\u2019Anna Karina, l\u2019assurance de Brigitte Bardot et le panache de Belmondo.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la mani\u00e8re de Jean Seberg dans&nbsp;<em>\u00c0 Bout De Souffle<\/em>, elle d\u00e9cide de r\u00e9aliser son r\u00eave d\u2019\u00e9tudier \u00e0 Paris. Et ce n\u2019est certainement pas l\u2019ar\u00f4me d\u2019urine, de mycose g\u00e9nitale et de sueur qui impr\u00e8gne chaque recoin du m\u00e9tro parisien qui r\u00e9ussira \u00e0 effacer le sourire qui traverse son visage. Si elle devait toutefois \u00eatre honn\u00eate avec elle-m\u00eame, Emiko reconna\u00eetrait qu\u2019aucun film fran\u00e7ais ne l\u2019avait pr\u00e9par\u00e9e \u00e0 voir tant de gens mendier dans l\u2019indiff\u00e9rence absolue. Mais qui sait, le SDF qui \u00e9tait allong\u00e9 le visage englouti dans une flaque jaun\u00e2tre faisait peut-\u00eatre une tr\u00e8s grosse sieste ? Sans quoi la foule press\u00e9e qui l\u2019enjambait les yeux riv\u00e9s sur son t\u00e9l\u00e9phone aurait pris une seconde pour s\u2019assurer que le malheureux respirait encore, cela ne fait aucun doute !<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u00ab\u00a0<em>Chaque soir, Emiko rentrait dans un studio qui ferait passer une cellule de prison norv\u00e9gienne pour un penthouse new-yorkais<\/em>\u00a0\u00bb<\/h2>\n\n\n\n<p>Un peu comme Emily, la jeune japonaise avait trouv\u00e9 une chambre de bonne au dernier \u00e9tage d\u2019un immeuble sans ascenseur. La comparaison ne d\u00e9passait n\u00e9anmoins pas le seuil de la porte. Chaque soir, Emiko rentrait dans un studio si insalubre qu\u2019il ferait passer une cellule de prison norv\u00e9gienne pour un penthouse new-yorkais. L\u2019\u00e9pais vitrage de son velux obstruait le peu de soleil qu\u2019offrait la grisaille francilienne et sa tapisserie donnait l\u2019impression de se d\u00e9t\u00e9riorer plus rapidement que sa sant\u00e9 mentale. Peut-\u00eatre les choses auraient pu tourner diff\u00e9remment si elle avait pu mieux s\u2019entourer. Malheureusement pour elle, ses camarades de licence prenaient sa timide politesse pour de la mi\u00e8vrerie. On l\u2019interrogeait parfois sur son pays ou ses plans pour le week-end, mais personne ne serait all\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 l\u2019inviter \u00e0 la prochaine soir\u00e9e. Rien de personnel l\u00e0-dedans, seulement la crainte qu\u2019elle ne jure avec l\u2019ambiance festive. A-t-elle d\u00e9j\u00e0 go\u00fbt\u00e9 ne serait-ce qu\u2019un mojito dans sa vie ? C\u00f4t\u00e9 c\u0153ur, les choses n\u2019\u00e9taient pas aussi mouvement\u00e9es que dans la vie de son homologue am\u00e9ricaine non plus.<\/p>\n\n\n\n<p>En lieu et place d\u2019un voisin sexy, Emiko croisait principalement un quinquag\u00e9naire mono-sourcilier hirsute qui semblait prendre les toilettes du palier pour sa r\u00e9sidence secondaire. Emiko ne saurait dire ce qui la mettait le plus mal \u00e0 l\u2019aise chez lui : l\u2019\u00e9tat des WC apr\u00e8s ses (nombreux) passages ou ses regards libidineux lorsqu\u2019elle le contournait dans leur cage d&#8217;escalier exigu\u00eb&nbsp;? Tr\u00e8s vite, les crampes s\u2019install\u00e8rent. Il faut dire qu\u2019Emiko utilisait les toilettes \u00ab de son appartement \u00bb avec parcimonie. Ses besoins naturelles se divisaient en deux cat\u00e9gories :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Les plus pressants, qu\u2019elle s\u2019autorisait apr\u00e8s s\u2019\u00eatre assur\u00e9e (\u00e0 travers le trou de sa serrure) que son soupirant avait vid\u00e9 les lieux assez longuement pour s\u2019y aventurer.<\/li>\n\n\n\n<li>Et puis il y avait les autres. Ceux pour lesquels elle privil\u00e9giait les toilettes de son universit\u00e9, du Quick au pied de son immeuble ou du bistrot \u00e0 l\u2019angle de sa station de m\u00e9tro.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u00ab\u00a0<em>Je me suis moi-m\u00eame rendu coupable d\u2019un tel m\u00e9fait. Je l\u2019avoue<\/em>.\u00a0\u00bb<\/h2>\n\n\n\n<p>De son c\u00f4t\u00e9 Emily continue \u00e0 vivre des aventures palpitantes dans la \u00ab city of love \u00bb. Ses escapades se font au rythme des romances qui animent son Paris \u00e0 elle. Un Paris si magique que la pauvret\u00e9, les ordures et l\u2019anxi\u00e9t\u00e9 qui ronge ses habitants les plus d\u00e9munis semblent avoir \u00e9t\u00e9 effac\u00e9s d\u2019un coup de baguette magique. Emiko, quant \u00e0 elle, s\u2019est \u00e9vapor\u00e9e. Rien de fabuleux en ce qui la concerne. Elle s\u2019arrange juste pour tra\u00eener le moins possible en ville. Sa vie se partage d\u00e9sormais entre son appartement et son universit\u00e9. Le Pantin que d\u00e9crivait G\u00e9rard de Nerval semblait s\u2019\u00eatre d\u00e9sarticul\u00e9. Une ombre \u00e9paisse s\u2019\u00e9tait abattue sur la Ville Lumi\u00e8re et les \u00e9toiles qui peuplaient jadis les yeux d\u2019Emiko avaient cess\u00e9 de s\u2019\u00e9tinceler.<\/p>\n\n\n\n<p>Il semblerait \u00e9vident qu\u2019Emiko souffre du \u00ab Syndrome de Paris \u00bb. Cette maladie m\u00e9diatique fourre-tout qui s\u2019en prendrait, d\u2019apr\u00e8s les \u00e9tudes \u00e9lusives d\u2019un obscur psychiatre japonais, principalement aux touristes de son pays. Mais s\u2019agit-il v\u00e9ritablement d\u2019un syndrome ou plut\u00f4t du sympt\u00f4me d\u2019un mal-\u00eatre plus profond ? Une affliction que l\u2019on s\u2019\u00e9vertue \u00e0 masquer sous une montagne de d\u00e9ni et de propagande fictionnelle, servant toutes deux \u00e0 mettre en sc\u00e8ne une ville qui n\u2019est tout simplement plus la m\u00eame depuis la Belle \u00c9poque. Si tant est que cette ville fut un jour r\u00e9elle. Les artistes parisiens n\u2019auraient-ils pas plut\u00f4t contribu\u00e9 \u00e0 mettre en sc\u00e8ne une version id\u00e9alis\u00e9e de notre capitale, dont peu de leurs successeurs sont parvenus \u00e0 s\u2019extirper ?<\/p>\n\n\n\n<p>Je me suis moi-m\u00eame rendu coupable d\u2019un tel m\u00e9fait. Je l\u2019avoue, Emiko n\u2019est pas plus r\u00e9elle que son alter ego d\u2019outre-Atlantique. J\u2019ai conscience que l\u2019\u00e9poque soit \u00e0 la fuite du r\u00e9el et \u00e0 l\u2019\u00e9dulcoration, et il semble parfois difficile de lui en vouloir. Mais quitte \u00e0 d\u00e9peindre la vie d\u2019Emily comme un conte de f\u00e9e, autant le faire jusqu\u2019au bout. Apr\u00e8s tout, \u00e0 quoi servirait l\u2019histoire du chaperon rouge si elle ne rappelait pas aux enfants qu\u2019un loup peut les attendre au d\u00e9tour d\u2019un bois sombre ?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Depuis 2020, Emily in Paris relate les tribulations d\u2019une jeune expatrie\u0301e ame\u0301ricaine frai\u0302chement arrive\u0301e dans la Ville Lumie\u0300re. Un an plus to\u0302t, la jeune Emiko a ve\u0301cu exactement la me\u0302me expe\u0301rience. A\u0300 quelques de\u0301tails pre\u0300s&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":107,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-gradient":""}},"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-106","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-pamphlets"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/quentin-lewis.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/106","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/quentin-lewis.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/quentin-lewis.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/quentin-lewis.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/quentin-lewis.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=106"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/quentin-lewis.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/106\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":191,"href":"https:\/\/quentin-lewis.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/106\/revisions\/191"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/quentin-lewis.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/107"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/quentin-lewis.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=106"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/quentin-lewis.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=106"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/quentin-lewis.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=106"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}